3. Excursions

 

La foire à Thio

 

La foire à Thio (carte) nous a donné l’occasion de passer un week-end détente. Pour se rendre à Thio, nous décidons d’y aller « en pouce » (comprenez en stop). Et pour un petit couple de blancs comme nous, cela ne pose aucun problème. A peine sommes-nous sur le trottoir qu’une personne s’arrête pour nous prendre.

Pour aller sur la côte Est, nous empruntons la transversale qui part de Boulouparis et qui serpente à travers les forêts montagneuses de l’intérieur. Le relief est assez découpé, la roche, d’abord noire, devient de plus en plus rouge à mesure que l’on approche de Thio. Ce rouge, c’est une couche de latérite qui recouvre une roche lessivée, une roche qui fait la richesse de cette île, un véritable or vert : le nickel. On l’appelle ici la Garniérite du nom du premier géologue à avoir identifié ce minerai il y a de cela plus d’un siècle. Aussi les cimes sont elles souvent rabotées, rongées par les mines à ciel ouvert qui laissent des cicatrices encore visibles longtemps après l’arrêt de l’exploitation.

 

En arrivant à Thio, nous faisons un petit tour à la foire : un grand terrain vague orné d’une scène où se produisent les groupes de musique et de danse locaux, un petit marché où sont vendus fruits, légumes, plantes, vêtements, bricoles… et une kermesse avec auto-tamponneuses, chichis, barba papa et pêche au canards, bref, la totale !!

Un événement pas très passionnant donc, mais en poussant un peu vers la côte, on arrive à un petit camping au parfum de « vacances carte postale », vous savez les photos que l’on voit parfois dans les vitrines d’agences de voyage. Plage presque déserte, eau claire, cocotiers… Tout y est.

Etienne et Morgane nous ont rejoint, nous préparons un petit feu (ce qui est un échec, mais heureusement, nos voisins nous prêtent le leur pour faire la cuisine) et nous lançons dans la préparation d’un genre de Bougna. Le plat traditionnel se compose d’ignames, de taro, de banane poingo, de poulet ou de poisson, le tout enroulé dans des feuilles de banane et cuit à la braise avec du lait de coco. Nous avons fait ça à la casserole et avec des patates mais je vous le conseille tout de même. Accompagné d’un petit rhum coco en apéro par exemple !

 

Le lendemain, après un petit plouf dès la sortie de la tente, suivi d’une plongée au tuba dans les rochers accessibles depuis la plage (j’ai encore nagé au milieu d’un tapi de corail et d’une ronde de petits poissons), nous continuons un peu la route qui offre un panorama à couper le souffle que je vous laisse découvrir ici.

 

Le plateau de Dogny

 

Sarraméa est une petite commune proche de La Foa dans les terres. C’est aussi le départ du chemin qui monte au plateau de Dogny.

Après quelques centaines de mètres, nous dépassons sur notre droite le Trou Feillet (voir Premières impressions) et continuons dans la forêt. On y rencontre encore des banians majestueux, mais aussi des fougères, des cycas, du café, des niaoulis et plusieurs autres espèces tropicales qui me sont inconnues. Selon l’exposition et l’attitude différentes ambiances se succèdent : l’atmosphère est plus ou moins humide, la végétation plus ou moins dense, les chants des oiseaux diffèrent. Parmi ceux-là, celui du Notou est remarquable, sorte de plainte grave qui peut faire penser au son du didgeridoo.

La montée est rude (plus de 1000 mètres de dénivelée cumulée sur la balade) et pour durcir encore les conditions, la pluie se met à tomber au bout d’une heure. Mais ce ne sont pas quelques gouttes qui nous arrêtent ; il n’y a pas d’orage en vue et la végétation est suffisamment épaisse pour nous protéger.

Au bout d’un peu plus de deux heures de montée, nous arrivons sur le plateau. Nous sommes bien mouillés et le vent est frais. Je m’empresse de me changer et d’enfiler une cape de pluie. Nous continuons sous la bruine. Le plateau est un tapi de fougères légèrement vallonné, parsemé de quelques arbres. Les nuages circulent presque à notre niveau et laissent parfois échapper une nappe de brume qui vient se nicher dans un vallon et donne au paysage une allure mystérieuse. Cook avait d’ailleurs baptisé l’île ainsi parce qu’elle lui rappelait l’Ecosse. Le plateau est parfois entaillé par une rivière (que l’on appelle ici des creeks) qui coule au fond de grands ravins humides où les fougères et les petits arbustes font place à la forêt dense.

Nous descendons dans l’un d’eux pour pique-niquer au bord de l’eau. Il nous faut traverser le creek à gué pour atteindre l’aire de repos aménagée et malheureusement, Sophie glisse sur les rochers recouverts de mousse et se retrouve les fesses mouillées qui ne sècheront pas jusqu’à la maison !

Aussi après la pause midi, et parce que nous sommes déjà fatigués, nous décidons de faire la petite bouche sur le plateau et de rentrer ensuite directement. D’autant que le ciel couvert ne nous laisse que quelques rares percées pour admirer le splendide panorama.

Et malgré notre décision d’écourter la promenade, nous atteignons la voiture après avoir crapahuté pendant huit heures et nous sommes complètement rincés… Mais heureux de cette belle randonnée !

 

Le Cœur de Voh :

 

Je profite d’être à Pouembout et de n’avoir toujours pas de boulot (vais-je vraiment en trouver un ?) pour explorer cette partie de la Province Nord (carte).

Etienne, qui travaille à la ferme de crevette près de Voh, me conseille de faire le Kathépaïk, un petit sommet qui offre une vue sur le fameux Cœur de Voh, rendu célèbre par Yann Arthus Bertrand (La Terre vue du ciel).

Morgane décide de se joindre à moi pour une partie de la matinée et nous montons ensemble jusqu’au premier point de vue. Nous avons marché environ trois quarts d’heure pour prendre de la hauteur et … nous ne voyons rien ! Il y a bien la mangrove en face de nous mais impossible d’y distinguer un cœur. Morgane repart donc travailler un peu déçue et je continue de monter pour atteindre le sommet. Il y a encore environ une heure de montée sur une piste rouge vif recouverte de sable et graviers faits d’une roche noire certainement d’origine volcanique.

A chaque lacet, le panorama est un peu plus magnifique : au premier plan, quelques reliefs rouge recouverte d’une végétation vert foncé, puis la plaine un peu plus claire, essentiellement de la mangrove, et au-delà, le lagon bleu pâle qui se détache de l’océan plus foncé.

Au milieu de cette mangrove, je vois enfin le fameux Cœur qui a un peu changé depuis qu’il a été immortalisé et rendu célèbre mais qui est tout de même bien visible avec l’altitude et la lumière plus forte de midi. Je passe un petit moment au sommet à admirer ce splendide spectacle et déguster le plaisir d’être seul, en pleine nature, sans aucun bruit si ce n’est celui du vent et de quelques rares oiseaux.

Un fois redescendu, pour rentrer à Pouembout, je me fais prendre en stop par un Kanak avec qui j’ai une conversation intéressante. Nous parlons évidemment de politique, des rapports entre Kanaks et Caldoches (descendant d’Européens), du statut de l’île, des événements des années 1980 et de l’histoire de la colonisation. En discutant avec les gens et en visitant des musées, je commence à comprendre l’origine de la population calédonienne et ce qui fait que les rapports entre les gens et le rapport à la terre est parfois complexe ici.

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus