5. Tours et détours du Nord au Sud

Tour du Nord :

 

Rencontrer des gens en voyage peut se faire aussi facilement qu’en postant une annonce à l’auberge de jeunesse de Nouméa : « sympathique voyageur cherche compagnons de route pour faire le tour de l’île… » La réponse ne s’est pas faite attendre, un jeune homme et une jeune fille me contactent, le groupe se constitue et nous partons tous les trois visiter les environs de Hienghène.

Lui est lieutenant sur le Betico, un bateau qui fait la navette entre la Grande Terre et les îles Loyautés. Avant cela, il a travaillé dans la marine marchande et nous raconte ses traversées sur les porte-containers. Son séjour ici se finit car il doit encore faire un an à l’école de marine du Havre pour valider sa formation et c’est pour cela qu’il a décidé de visiter le Nord avant de repartir en France.

Elle est en vacances pour trois semaines. Elle a pas mal voyagé en Australie, en Indonésie, en Malaisie… mais n’avait jamais planté une tente ou fait un feu de bois avant cette escapade. Elle aimerait être plus insouciante et avoir une vie faite uniquement de voyages et d’aventures mais elle vit à Paris depuis toujours et bosse dans la pub, dans un beau bureau de la Défense pour un grand opérateur de téléphones portables.

 

Un petit groupe hétéroclite donc, mais avide de découvrir la côte Nord-Est, une terre nettement plus sauvage que de l’autre côté. Les montagnes, recouvertes d’une végétation dense, plongent directement dans la mer. La route qui serpente le long de la côte est bordée de petites habitations, plus rustiques qu’à l’Ouest mais aux abords chaleureux : une petite boite aux lettres, souvent très originale, faite de bric et de broc, des plantes ornementales aux mille couleurs, de grands arbres et un petit carré cultivé planté de manioc, de bananiers, de patates… La majorité de ces habitations font partie de tribus canaques étalées sur cette étroite bande entre montagne et mer. Les gens marchent le long de la route et disent systématiquement bonjour en mettant l’index et le majeur en V ou en sifflant.

 

Nous n’avons pas de chance avec le temps. La météo est maussade, les éclaircies alternent avec de petites pluies. Aussi nous ne pouvons guère profiter de la visite de la cascade de Tao. En revanche, nous chaussons les palmes dès le matin, à peine sortis des tentes. La fine plage de sable banc bordée de cocotiers se prolonge sous la mer par un platier, c'est-à-dire un plateau d’une centaine de mètres de large, très peu profond et couvert de corail et d’éponges aux tons jaunes, orange ou violets.

On progresse en nageant à plat ventre sur ce platier qui se termine soudain de façon abrupte par une falaise sous marine de 6 ou 8 mètre de hauteur. L’eau est claire et une multitude de poissons de toute taille et de toutes les couleurs nagent en venant parfois picorer le long du talus : poissons papillons, poissons anges, demoiselles, vieilles, poissons perroquets et des dizaines d’autres espèces dont je ne connais pas les noms semblent flotter dans le vide.

 

Déçu par la météo de ces quelques jours, je décide de retourner dans cette région avec un ami qui travaille sur une ferme de crevette près de Voh et qui a pris quelques jours de vacances pour son ami venu lui rendre visite de France. Cette fois, il fait grand beau et nous en profitons pleinement. Je retourne à la cascade de Tao, dont l’accès se fait en progressant dans le lit de la rivière. Arrivés au pied, on découvre le spectacle majestueux de l’eau qui tombe sur plusieurs dizaines de mètres et forme de grandes vasques d’eau bleu-verte, très claire où nous nous baignons avec plaisir.

Un peu plus au Nord, après avoir passé Puebo, la route monte et arrive à un col d’où l’on a un point de vue à couper le souffle. D’un côté, la mer et son lagon bleu clair, de l’autre, toute la fin de la chaîne centrale dont les contours des crêtes découpées se superposent jusqu’à l’horizon.

 

Rencontre inattendue dans le grand Sud :

 

Pour découvrir le vaste territoire peu habité au sud de Nouméa, nous décidons de louer une voiture pour le week-end avec Sophie et une amie également en stage.

Nous arrivons à la tombée de la nuit dans un petit camping fort charmant : une piste de latérite rouge vif progresse en longeant une petite rivière à travers un maquis d’herbes et de petits arbustes très ligneux, aux feuilles dures. Tous les cinquante mètres environ, un petit chemin se détache de la piste et conduit à un mignon petit emplacement herbeux aménagé d’un point d’eau et d’un faré (abris traditionnel kanak fait d’un toit de paille, sans murs).

 

Au matin, comme nous sommes très peu équipés pour le camping, nous mangeons le reste de pizza de la veille au petit déjeuner ! Rien de tel pour être d’attaque au départ d’une belle randonnée qui part du barrage de Yaté. Après quelques minutes de marche, nous avons un point de vue sur le lac et le Parc de la Rivière bleue en arrière plan. Puis nous franchissons un col et surplombons alors l’embouchure de la rivière Yaté et le petit village du même nom.

 

Le soir, il nous faut dormir à Prony, un village d’où nous sommes censés partir le lendemain pour observer des baleines. Arrivés sur les lieux et ne voyant pas de camping, nous nous renseignons auprès des habitants pour qu’ils nous indiquent un endroit où nous pourrions planter la tente. A notre grande surprise, ils nous proposent un emplacement derrière leur jardin et nous font visiter les environs.

Ils nous expliquent que Prony est un ancien bagne et que plus personne n’habite ici. Toutes les maisons que nous voyons sont des habitations secondaires. Leurs propriétaires ont formé une association pour la mise en valeur et la restauration des ruines du bagne.

Gérard nous invite à prendre l’apéro chez lui (apéro qui se transforme en diner et petit déjeuner le lendemain). Paul, son acolyte, nous rejoint pour la soirée. Gérard est un métropolitain, ancien pilote de ligne puis instructeur pour l’aviation. Il a passé sa vie à voyager. Il est depuis quelques années à la retraite mais continue de travailler : fabricant de remorques en tout genre, importateur de vin chilien, éleveur de chevaux. Il nous raconte sa vie riche en aventures et nous fait goûter au bon vin qu’il vend en Calédonie !

Paul est un Calédonien d’origine, né dans le nord. Il a 76 ans et pète la forme. Il continue de travailler à son compte comme menuisier et ébéniste. Lui aussi a eu une vie bien remplie. Il nous raconte comment il est devenu entraineur de l’équipe calédonienne de tennis de table et comment il a participé à plusieurs compétitions internationales. Il nous fait mourir de rire en nous expliquant comment il a débarqué en Europe pour assister aux jeux olympique de Munich en 72. Il nous parle aussi de son service militaire à Tahiti.

Bref, nous passons la soirée à boire les paroles (et le vin !) de ces deux hommes que nous connaissons à peine mais qui nous dévoilent des épisodes de leur existence, comme des petits-enfants écoutant les folles histoires de leurs grands-parents.

 

Le lendemain, la sortie baleine est un fiasco. Inutile d’en dire d’avantage : la météo ! Pluies en averses toute la journée, houle d’un bon mètre dans la baie (imaginez au large) et le capitaine du Zodiac très peu motivé pour aller se risquer en mer et ne rien voir…

Heureusement la journée se termine sur une note positive puisque le soir, après avoir rendu la voiture, Paul décide de nous ramener jusque La Foa (et même Pouembout pour notre amie). Entre nous, je pense que cela lui faisait chaud au cœur de retourner dans le Nord. Il n’avait pas dépassé Tontouta (au dessus de Nouméa) depuis plus de dix ans !

Mais des rencontres aussi inattendues et intenses que celle-ci, cela ne m’était arrivé qu’en Afrique !

 

Photos

 
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